vendredi 25 mai 2018

Loin près


Dieu est amour
plus on l'embrasse
plus il s'échappe

Livre des XXIV philosophes

Chaque être bouge. 
Vers quoi ?
Vers son centre.
Qu'est-ce que le centre pour une chose ?
C'est son lieu naturel.
Comment sait-on que tel lieu est le centre de telle chose ?
Parce que, quand elle l'a atteint, elle cesse de bouger.
Ainsi, une pierre bouge
pour rejoindre le centre de la terre,
son lieu naturel.
Ainsi, le feu bouge
pour rejoindre le feu céleste,
son lieu naturel.
Ainsi les rivières bougent
pour rejoindre la masse océane,
leur lieu naturel.

De même, le lieu naturel de l'Âme,
sa source et son centre,
est Dieu.
Ou plutôt, Dieu est cet élan qui anime toute chose.
Chez les vivants, 
on l'appelle "amour".
C'est le lien mystérieux,
le messager.
Chaque être vivant a un instant
vers Dieu.
C'est l'amour.
Donc, pour les vivants, 
Dieu est amour.

Comment faire ?
En se lassant faire.
C'est l'in-action divine,
l'action interne de la grâce
(parce qu'elle est sans prix)
sur l'intérieur,
travail qui anime
la vie intérieure.

C'est le Loin-près
comme dit Marguerite Porète.
C'est le mouvement immobile,
le frémissement dont le cœur se souvient
quand il oublie ses soucis

jeudi 24 mai 2018

Mes trois impuissances


égaré dans l'immense
je confesse trois impuissances :

l'impuissance de ne pas être présent
l'impuissance d'empêcher d'apparaître
l'impuissance d'empêcher de disparaître

je laisse venir
je n'ai pas le choix

je laisse partir
je n'ai pas le choix

je suis présent
je n'ai pas le choix


Présence


Quand j'écris, j'écris dans la présence.
Si je suis d'accord, cette pensée apparaît dans la présence.
Si je ne suis pas d'accord, cette pensée apparaît dans la présence.

Quand "je suis" cela apparaît dans la présence.
Quand "je ne suis pas" cela apparaît dans la présence.

Quand je suis conscient, c'est dans la présence.
Quand je ne suis pas conscient, c'est dans la présence.

En cette lumière, il y a l'être.
En cette lumière, l'au-delà de l'être.

Quand je suis centré, cette expérience apparaît en cette présence.
Quand je suis distrait, cette expérience apparaît en cette présence.

Une sensation agréable ? En cet espace sans limites
Une sensation désagréable ? En cet espace sans limite

Une forme ? Dans le sans-forme !
pas de forme ? Dans le sans-forme !

Tout est en moi ? Cette image apparaît dans la présence.
Il y a encore quelque chose au-delà ? Cette image apparaît dans la présence.

Il y a de la dualité ? Cette pensée apparaît dans la présence.
Je ne suis pas éveillé ? Ces mots apparaissent dans la présence.

Je manque de quelque chose ? Cette pensée apparaît dans la présence.
La souffrance apparaît dans la présence.
La solitude apparaît dans la présence.

J'ai un choix à faire ? Ce choix apparaît dans la présence.
Le libre-arbitre est une illusion ? Cette pensée apparaît dans la présence.

Je suis tout ? Alors je suis tout dans la présence.
Je suis rien ? Alors je suis rien dans la présence.

Tout peut être nié - dans la présence.
Au-delà de tout ? Dans la présence.
L'un par-delà les concepts ? Dans la présence.
Le rien encore au-delà ? Présence.
L'indicible au-delà du rien ? Présence.
Un soupçon de transcendance, encore ? Présence.

Nue.

Simple.
Pas une expérience.

Tout ce qu'on peut dire, on le dit par rapport à nous.
Mais tout cela apparaît dans la présence.
Sans effort.
Qu'on le veuille ou non.
Qu'on le sache ou non.
Qu'on le réalise ou non.
Qu'on pense ou non.
Qu'on imagine ou non.

Grand espace.
Immensité généreuse.
Capacité sans limites.
Indépendance.
Liberté.

mercredi 23 mai 2018

Où ? - L'ultime question


Si je dois me poser une question, laquelle ?

Voici :
Où ?

Car tout est dans le regard ou l'oubli de la situation.
Si éveil il y a, c'est au contexte.

La dualité ne disparaît pas.
Seulement, au lieu de se situer dans la dualité,
on réalise que la dualité apparaît dans...
... dans l'unité, disons.
Dans la présence.
Dans l'espace sans limites.

C'est juste ça qui fait la différence.

Être distrait, c'est oublier où je suis,
croire que 
je suis dans le corps
que le corps est dans le monde.

Être éveillé, c'est me rappeler où je suis
reconnaître que
le corps est en moi,
le monde est en moi,

en moi dans l'espace
comme une soleil.
Le corps est
comme un "je suis"
qui brille en plein centre de l'infini

Où apparaissent les choses ?
Où est le corps en ce moment ?
Où est le monde ?
Où est tout ce qui peut apparaître ?
Où sont les pensées ?
Où sont les émotions ?

Cette simple question est la clé.

Comme dit le Vijnâna Bhairava, "comme les gens ordinaires, les yogis aussi vivent la relation du sujet et de l'objet : mais le propre des yogis, c'est qu'ils prêtent attention à la situation de l'objet par rapport au sujet". L'objet est toujours dans le sujet. Jamais ailleurs. Regardez.

Advaita - non dualité ?

Aujourd'hui le non-dualisme est plus populaire que jamais.
Depuis la mort de Papaji (alias Poonja) en 1997, 
les éveillés et les satsangs ont proliféré comme jamais.



Même si les adeptes de cette spiritualité font souvent mine de mépriser le savoir et semblent afficher fièrement leur ignorance (comme si le crétinisme était une sorte d'intelligence spirituelle supérieure), la plupart de leurs croyances viennent d'Inde.

"Non-dualité" traduit le mot sanskrit a-dvaita, formé d'un "a" privatif, et du numéral dvi- "deux" sous une forme allongée : "dualité", "fait d'être deux, double, dupliqué".

C'est une théorie, vâda, un genre de discours sur le réel, qui a pour but la libération (moskha) et, parfois, la vie heureuse (bhoga).

Il a quelques synonymes : a-dvaya "non duel", "non double" a-bheda "indifférencié", "non séparé", nir-dvandva "sans couples de contraires".

Advaita, comme épithète, peut aussi désigner celui qui est "sans second", "sans égal", "sans rival" ; il a alors pour équivalents a-dvitîya "sans second", an-uttara "sans supérieur", a-sama "sans pareil" et a-pûrva "sans précédent".

Mais le plus important est sans doute de commencer par noter que ce mot ne signifie rien indépendamment d'une interprétation. Car advaita, c'est le fait de ne pas être deux.

Mais qu'est-ce qui n'est pas deux ? Et pourquoi ?

Les avis divergent selon les philosophies.

Quelques exemples :

Dans le Védânta, le Soi et l'Absolu ne sont pas deux. Car le corps, le monde et le mental ne sont que des apparences sans réalité.

Dans le bouddhisme yogâtchâra, le sujet et l'objet ne sont pas deux. Car l'objet n'est qu'une projection du sujet, comme dans un rêve.

Dans le tantrisme, le pur et l'impur ne sont pas deux, car ce sont des constructions culturelles.

Autres cas, non identifiés clairement ou partagés par plusieurs philosophies :

-non-dualité des apparences et de la vacuité
-non dualité du vide et de la forme
-non dualité de l'inspir et de l'expir
-non dualité de la sagesse et de la compassion
-non dualité du chemin et du but
-non dualité du plaisir et de la douleur
-non dualité du corps et de l'univers
-non dualité des amis et des ennemis
-non dualité de l'intérieur et de l'extérieur
-non dualité de la théorie et de la pratique
-non dualité de l'absolu et du relatif
-non dualité de le la dualité et de l'unité
-non dualité du rêve et de l'état de veille
-non dualité de soi et d'autrui
-non dualité de la méditation et de la vie quotidienne
etc.

De plus, quel est le sens de cette non-dualité ?

Parfois, non-dualité signifie que l'un des deux n'existe pas, ou par réellement, ou pas au même degré que l'autre.

Par exemple, pour le Vedânta, il n'y a que l'absolu, l'un. "Le monde est l'absolu" signifia alors que le monde n'existe pas, et non pas que le monde serait uni à l'absolu.

Le bouddhisme général, au contraire, affirme qu'il n'y a que le multiple, et que toute synthèse n'est qu'une fiction imaginaire.

Pour le shivaïsme, le monde est la manifestation de l'absolu, tout comme pour le dzogchen ou certains soûtras ou tantras. Le monde est inséparable de la conscience.

Pour le yogâchâra, la non-dualité, c'est comprendre que l'intérieur et l'extérieur on une seule source.

Pour le tantrisme en général, c'est réaliser que le microcosme et le macrocosme se correspondent.

Pour le yoga tantrique, c'est réaliser que les opposés sont relatifs et n'existent pas indépendamment l'un de l'autre.

Pour les uns, la non-dualité est une expérience spéciale, contemplative.
Pour d'autres, c'est une intuition.
Pour d'autres, c'est une transformation physique (mais l'application du terme "non dualité" à leur cas est contestée).
Pour d'autres encore, c'est la mort. Ou une expérience post mortem.
Pour certains, on ne peut la réaliser que par la méditation.
Pour d'autres, la réflexion est plus importante.
Pour certains, la non-dualité est un état auquel on parvient.
Pour d'autres, c'est un fait à voir directement.

Pour la philosophie de la Reconnaissance,
la non-dualité est la réconciliation 
des "deux ennemis : dualité et non-dualité".

Selon d'autres enfin, "dualité" et "non-dualité" sont des catégories inutiles.
Mais leur contestation est plutôt rhétorique (=ils disent ça pour valoriser leur propre produit).

Et tout cela, c'est juste en Inde.
Aujourd'hui, dans le monde entier, des bars de Bali aux studios de Paris, 
"non-dualité" semble désigner un peu tout ce qu'on estime le plus important.
"Dualité" est devenu péjoratif, comme "mental", "intellectuel" ou "occidental".

Au-delà des modes passagères, la non-dualité est le coeur des sagesse de l'Inde.
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